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Dimanche 8 novembre 2009

En France, le financement de la sécurité sociale et de la politique familiale est assuré par un prélèvement sur le travail. Ceci concerne les entreprises (charges sociales sur les salaires), les commerçants, les artisans et les agriculteurs.

Ce mode de financement était très cohérent au sortir de la guerre et pendant les trente glorieuses, car l’économie était fermée (contrôle des changes, contrôle aux frontières). Il devient inadapté, voire suicidaire, dans une économie qui s’ouvre de plus en plus au reste du monde et où le coût du travail est mis en compétition partout sur la planète.

Presque quotidiennement, la presse se fait l’écho de la désindustrialisation de la France, ce qui pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus pour l’emploi, de la reprise économique et du départ en retraite des " papy boomers ".

Il faut donc imaginer d’urgence un nouveau mode de financement de la sécurité sociale et de la politique familiale, qu’il s’agisse de celui que nous proposons ci-dessous (cotisation sociale sur la valeur ajoutée, comme au Danemark), ou d’un autre système.

Ceci est d’autant plus urgent que la directive " services ", Bolkeinstein nullement enterrée, si elle voit le jour, va nous mettre dans une situation très difficile. En effet, l’un des points les plus controversés de cette directive " services " concerne la clause dite " du pays d’origine ", selon laquelle les prestataires pourront appliquer la Loi de leur pays d’origine, même s’ils exercent leur activité dans un autre pays de l’Union. On peut s’en inquiéter, quand on connaît le dumping social existant déjà en Europe.

Le système est devenu anti-économique

Pendant les trente glorieuses, l’économie était centrée sur des territoires géographiques : nos États nation. La délocalisation des entreprises était extrêmement difficile. Le contrôle des changes rendait quasiment impossible la fuite des capitaux. Le niveau des droits de douanes nous protégeait des importations. A l’intérieur d’un territoire donné, le marché était donc fermé, et les entreprises étaient toutes soumises aux mêmes charges. Ainsi, la compétition était loyale. Fort logiquement, les gouvernements successifs ont donc pu asseoir le financement de la sécurité sociale et de la politique familiale sur la source de création de richesse : le travail.

L’ouverture des frontières commerciales et financières, la baisse considérable du coût des transports de marchandises, l’évolution des technologies et les progrès des techniques de communication, (en clair : la mondialisation) ont rendu ce système de financement incohérent.

Pour un grand nombre de biens et de services, le marché pertinent est devenu mondial, et cette situation est durable. Le coût du travail en France est mis en concurrence partout sur la planète. Par rapport à la situation des 30 glorieuses, les entreprises ont une alternative : quitter le territoire. C’est un changement majeur.

Toute charge excessive sur le travail, par rapport aux concurrents, conduit à des délocalisations et par conséquent au chômage, et à la pauvreté.

Il va de toute façon exploser.

Du fait de l’allongement de la vie et des progrès du système de santé, la sécurité sociale coûtera de plus en plus cher. Si on ne change pas le système de financement, les acteurs économiques français (artisans, commerçants, sociétés commerciales, salariés, agriculteurs, etc…) seront de moins en moins compétitifs, car les charges sociales augmenteront inéluctablement, quelles que soient les économies indispensables à réaliser par ailleurs sur la sécurité sociale.

Il en résultera des délocalisations, qui elles-mêmes aggraveront le chômage et la pauvreté, ce qui diminuera le nombre de citoyens actifs et par conséquent augmentera leurs charges, etc…

Les jeunes s’apercevront alors qu’ils sont les grands perdants. Pendant qu’ils seront au chômage ou dans l’obligation de s’expatrier pour trouver du travail, leurs aînés seront protégés, percevant régulièrement leur retraite et bénéficiant d’une bonne sécurité sociale.

Le système est condamné à exploser.

Tous les secteurs économiques sont concernés.
La revue " la lettre de l’expansion " du 26 janvier 2004, souligne, dans son éditorial que " .. la désindustrialisation du pays est de plus en plus perceptible.. ", et ajoute : " les patrons se sentent, au-delà, de plus en plus aculés à la délocalisation par le boom chinois, qui chasse les plus faibles, et par la chute du dollar, qui se charge des autres ".

Dans une chronique diffusée sur France INFO le 20 janvier 2004 (voir texte complet en annexe) la journaliste Dominique EZWAY rapportait " qu’une étude menée par le cabinet spécialisé Mercer Management, montre que les grandes entreprises vont considérablement augmenter leurs approvisionnements dans les pays à bas coûts d'ici à 2005."

Pour cette étude, 50 grands groupes français, dont le chiffre d'affaires cumulé se montait à 260 milliards d'euros, avaient été interrogés. En 2004, 15 % de ces directeurs des achats ont fait appel à des fournisseurs dans des pays réputés bon marché pour au moins 10 % de leurs approvisionnements.

 

En 2005, c'est le cas de presque une entreprise sur deux.... Ce qui représente un doublement des achats. Cette stratégie c'est faite aux dépens de l'emploi en France. Les entreprises vont donc à la fois réduire le nombre de sous traitants et limiter le volume sous traité. Ensuite, elles fermeront des usines, à commencer par les sites d'assemblage. "

Dans quelle direction avancer ?

On pourrait imaginer de supprimer progressivement les charges sociales dues par les entreprises pour financer la sécurité sociale et la politique familiale, et les remplacer par exemple par un impôt.
Quel que soit le choix de cet impôt, (impôt sur les grandes fortunes, Impôt sur les sociétés, taxe professionnelle, impôt sur le revenu, Csg, taxe d’habitation, impôt foncier bâti et non bâti etc…), il risque d’entraîner des effets pervers tels que la fuite des cerveaux, des capitaux et des entreprises : On peut le déplorer, mais il est difficile d’ignorer ce risque.

En supposant qu’une expertise approfondie confirme les remarques intuitives qui précèdent, il apparaît que la seule manière d’assurer un financement de la sécurité sociale et de la politique familiale, adapté à la mondialisation et ne provoquant pas d’effets pervers, consiste à appliquer un prélèvement sur la consommation, selon le même système que
la TVA.

Avant d’aller plus loin, deux remarques s’imposent.

1 - Notre système est paradoxal, car non seulement notre sécurité sociale est financée par un prélèvement sur les salaires, ce qui obère leur compétitivité, mais elle est de toute façon payée par le consommateur ! En effet, les salaires et les charges sociales, tout comme l’ensemble des charges de l’entreprise, sont pris en compte pour déterminer le prix de revient des biens et services produits par l’entreprise, et par conséquent leur prix de vente.

2 – En taxant les biens et services produits sur le territoire français, et en exonérant les produits importés, notre système joue comme un véritable droit de douane à l’envers ! Par construction, on pénalise le produit français. Cela était négligeable dans notre économie fermée des années 50, car les produits importés étaient peu nombreux. C’est devenu une anomalie criante dans notre économie ouverte d’aujourd’hui.

Les avantages d’un prélèvement sur la consommation

Améliorer la compétitivité de l’entreprise France, et élargir l’assiette de financement de la protection sociale

Ce changement d’assiette du financement de notre protection sociale, par la mise en place d’un prélèvement sur la consommation permettrait :

- 1 de baisser fortement le coût du travail, et ainsi de redonner de la compétitivité au travail de l’Homme :
- par rapport à la machine,
- et par rapport aux salariés des autres pays. (et ainsi ralentir la désindustrialisation de la France).

- 2 de faire cotiser les produits importés, qui sont de plus en plus nombreux, pour financer notre protection sociale, comme le font les Danois. Ce point est essentiel. Il n’est que la conséquence nécessaire de l’ouverture de nos frontières.

- 3 de faire participer au financement de notre sécurité sociale par les touristes (ils étaient 77 millions en 2003) non seulement lorsqu’ils achètent des produits fabriqués en France, mais aussi lorsqu’il achètent des produits importés (ce qui n’est pas le cas actuellement).

Voilà une grande réforme, qui nous placerait en bien meilleure position sur la planète. Au lieu d’être constamment en défense vis à vis de la mondialisation, nous pourrions reprendre l’initiative.

Quelques exemples parmi des centaines d’autres :

La recherche. Les sociétés qui emploient de nombreux chercheurs, tels que les laboratoires pharmaceutiques sont très concernées. Elles ont été nombreuses à se délocaliser, en raison du coût trop élevé des prélèvements sur les salaires des chercheurs, qui mettent de nombreuses années à mettre au point un produit. Un changement d’assiette du financement de la sécurité sociale peur permettrait sans doute de reconsidérer la situation.

L’agriculture. On pouvait imaginer qu’un secteur comme l’agriculture ne serait pas concerné par le problème. Il n’en est rien.
1 - Du fait de la réforme de la politique agricole commune, les prix agricoles vont fortement baisser dans les deux ans à venir. Les aides directes destinées à compenser ces baisses de prix ne sont pas suffisantes.
2 – De plus, on peut penser que la Politique Agricole Commune sera de moins en moins prioritaire en Europe. Si le budget est fixé jusqu’en 2013, il est probable qu’il ne sera pas augmenté après cette date. Le niveau des aides directes aux agriculteurs est donc loin d’être assuré dans le temps.
3 - Par ailleurs, la poursuite des négociations de l’Omc va conduire à une baisse des prix des produits agricoles en Europe, d’où une baisse complémentaire probable des revenus des agriculteurs.

Dans ce contexte, l’une des façons de maintenir un minimum de revenu aux agriculteurs, pour éviter qu’ils quittent leur métier, est bien de cesser de financer la sécurité sociale et la politique familiale par un prélèvement sur leur activité économique. Cette baisse des charges est probablement un élément clé, si l’on veut maintenir un réseau dense d’agriculteurs dans nos campagnes, au nom de l’occupation du territoire.
L’agroalimentaire. La situation est la même pour les entreprises agroalimentaires (particulièrement concernées par l’OMC). Les États Unis ont proposé début janvier 2004, la suppression totale des aides à l’exportation (restitutions). L’Europe s’y prépare. Si, au surplus, le marché européen s’ouvre davantage, nos activités à l’exportation seront de plus en plus difficiles. Si la masse salariale chargée de nos entreprises est sensiblement allégée, le prix de revient des produits agroalimentaires sera abaissé, et leur compétitivité sur les marchés mondiaux sera augmentée. Nos entreprises françaises ont donc tout intérêt à ce que la sécurité sociale et la politique familiale soient financées d’une autre manière.

Autres exemples. On imagine aussi l’amélioration de la compétitivité de sociétés comme Airbus ou Alsthom (TGV)

Maintenir le pouvoir d’achat des citoyens-consommateurs

L’opération est neutre pour les citoyens consommateurs. Il ne s’agit en effet que d’un basculement de charges. Les calculs effectués il y a quelques années par Monsieur Régis Lafay montrent que la baisse moyenne pondérée des charges patronales et salariales serait de 45%, d’où une baisse du coût du travail de 28%, d’où une baisse du prix hors taxes des produits et services de 24 %. L’augmentation des prix résultant de la cotisation sur les produits serait ainsi largement compensée par la baisse des produits hors taxes.

Ce n’est pas tout. Des calculs effectués en 1998 par Monsieur Pierre Aunac montrent que l’augmentation des prix des produits importés serait en réalité compensée par une baisse générale de la TVA sur l’ensemble, rendue possible du fait de l’élargissement de la base sur laquelle serait assis le financement de la sécurité sociale (cotisation prélevée sur les produits importés).

Eviter le scénario le pire

Les opposants ne manqueront pas d’affirmer que la TVA est un impôt inéquitable car il frapperait plus lourdement les plus bas revenus, et nombre d’agriculteurs (notamment les retraités) sont dans ce cas. Cette remarque est classique et connue, mais elle est en réalité fausse.

Tout d’abord, les travaux de Monsieur Régis Lafay montrent que la TVA pèse plus lourd sur les classes moyennes que les personnes aux revenus les plus faibles.

Par ailleurs, il faut rappeler que tous les impôts et charges acquittés par les entreprises, sont financés à partir de son chiffre d’affaires, et par conséquent, payés par le consommateur. Nous sommes donc déjà en face d’une charge sur la consommation, qu’on le veuille ou non. Il n’y a rien de nouveau dans notre proposition, sauf que l’on évite de faire transiter ce financement par les salaires, et ainsi les rendre moins compétitifs !

Mieux même, la cotisation que nous proposons de mettre en place peut permettre de corriger certains effets négatifs. Exemple figurant dans le livre de Pierre Aunac : pour définir le prix de vente d’un livre, une entreprise d ‘édition appliquera un même pourcentage de sa taxe professionnelle ou de ses charges sociales, qu’il s’agisse d’un livre d’école, ou d’une publication pornographique... La TVA peut corriger cette anomalie.

Pérenniser notre système de protection sociale à la française

Les Américains ont choisi la privatisation de la sécurité sociale. Chacun sait qu’une bonne partie des Américains ne sont en réalité pas couverts pour la maladie car ils n’en ont pas les moyens. A l’évidence, ce type de solution ne répond pas à la culture européenne et à la culture française. On peut affirmer sans se tromper, que si la réforme de la sécurité sociale se faisait en recopiant le système américain, très peu de retraités auraient les moyens d’être couverts par la sécurité sociale.

Compléter la politique du gouvernement.

Au printemps 2004, cette idée de modifier la base du financement de la sécurité sociale et de la politique familiale pouvait paraître révolutionnaire et contradictoire avec le projet de réforme gouvernemental du système de sécurité sociale.

En réalité, il n’en est rien. Il est évident que des réformes doivent être mises en place pour optimiser les dépenses de sécurité sociale mieux que ce n’est le cas aujourd’hui, et le Gouvernement va s’y atteler. La proposition de modification des bases de son financement pour l’asseoir sur la consommation a un objet différent : il s’agit de rendre compétitive l’entreprise France, par conséquent de limiter les délocalisations, par conséquent de maintenir des emplois, par conséquent de créer de la richesse, etc… Les deux démarches sont complémentaires et en aucun cas incompatibles.

Faciliter la réforme de l’Etat.

Aux dires de bon nombre de responsables politiques, la France est handicapée par un poids trop important des prélèvements, destinés à financer une Administration Publique pas toujours aussi performante qu’on pourrait le souhaiter.

 Si les gouvernements souhaitent réformer l’Etat, ils ont tout intérêt à commencer par réduire fortement le chômage et la pauvreté, ou au minimum à mener les deux de fronts, en obtenant des résultats. Sinon, ils se heurteront à des blocages sinon justifié, du moins bien compréhensibles. La précarité, le chômage, et la pauvreté sont au cœur des craintes de français. Les fonctionnaires sont à l’abri de ces risques.

Tout fonctionnaire doté d’un minimum de bons sens n’a donc aucune envie de changer de statut. Tout jeune qui n’est pas assuré d’être le plus fort dans un monde sans pitié regarde d’un œil bienveillant la fonction publique. D’où l’attitude de jeunes à bac plus 5 qui rêvent d’intégrer la fonction publique, non par goût du service public, mais par crainte de l’avenir (Ce phénomène n’existait pas il y a vingt ans)..

La réforme de l’Etat est donc loin d’être acquise, si nous conservons un taux de chômage de 9,5%, chiffre qui ne prend pas en compte les chômeurs non inscrits à l’ANPE, et les préretraités.

La France peut-elle décider seule une telle réforme ?

On pourrait craindre qu’une telle réforme ne soit pas réalisable par un seul pays européen. Ce serait exact si le projet portait sur la TVA, en tant qu’impôt.
Au cas présent, il s’agit de charges sociales. Le caractère particulier de ce prélèvement à été tranché par une décision de la cour de justice de la communauté européenne dans un conflit qui opposait une organisation patronale le SNPMI contre la caisse ORGANIC qui perçoit un prélèvement basé sur le chiffre d'affaires pour alimenter les retraites des commerçants et artisans.
Le 27 Novembre 1987 la cour a rejeté la demande aux motif suivant : "la notion de droits et taxes n'ayant pas le caractère de taxes sur le chiffre d'affaires, telle qu'elle figure à l'article 33 de la sixième directive, doit être interprétée en ce sens qu'elle inclue une taxe à caractère non fiscal.....au profit de régimes de sécurité sociale..."

Est-ce la fin de la gestion paritaire de la sécurité sociale ?

Non, bien sur. Cette cotisation était une copie de la TVA, mais n’était pas un impôt au sens juridique du terme, son mode de gestion peut rester tel qu’il est actuellement.

N’est-ce pas une mesure protectionniste contraire aux règles de l’OMC ?

Tel n’est pas le cas, car les produits nationaux et importés seraient traités exactement de la même façon. En réalité, notre système de financement de la sécurité sociale et de la politique familiale fonctionne comme un droit de douane à l’envers, dans notre économie ouverte. C’est notre situation qui est paradoxale ! La proposition décrite dans cette note a pour seul effet de mettre fin à un handicap, et de rétablir une situation équitable, permettant une compétition loyale.

Le Danemark a adopté ce système. La conséquences sont les suivantes : lorsqu’un produit danois est exporté en France, son prix ne supporte pas la charge de la sécurité sociale danoise (il est vendu à l’exportation hors taxes) et ne supporte pas non plus le financement de la sécurité sociale française.

Lorsqu’un produit français est exporté au Danemark, son prix de revient comprend le financement de la sécurité sociale française, et son prix de vente est ensuite alourdi du poids de la sécurité sociale danoise, qui est inclus dans la TVA danoise…

 
Conclusion

Des chefs d’entreprises, des hommes politiques courageux et des universitaires défendent depuis longtemps cette idée de financer la sécurité sociale et la politique familiale au moyen d’un prélèvement sur la consommation. Jusqu’ici, ils n’ont pas été entendus.

Aujourd’hui, le moment semble venu de tirer toutes les conséquences de l’ouverture des frontières entamée il y a presque trente ans. Notre proposition s’inscrit dans le contexte de la mondialisation et doit donc s’analyser comme une modernisation de notre pays, et une action de lutte contre le chômage et la pauvreté. On ne peut plus continuer à financer notre protection sociale en alourdissant le coût du travail effectué en France, surtout qu’in fine cette protection sociale est quand même payée par le consommateur ! Ce " droit de douane à l’envers ", est une grande anomalie dans note économie ouverte.



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Dimanche 8 novembre 2009



Le ministre de l'Education nationale et porte-parole du gouvernement Luc Chatel s'est employé à convaincre les lycéens de l'importance du projet de réforme du lycée, samedi lors d'une visite au lycée Jean Rostand de Strasbourg.


Extrait de la dépèche de l'AFP

 

 

 

Répondant à des questions de lycéens, M. Chatel a insisté sur l'enseignement des langues étrangères. L'idée est de favoriser l'enseignement de certaines disciplines en langue étrangère avec la formation de groupes homogènes et le recours aux nouvelles technologies.

Parmi elles figurent les manuels numériques, les écrans vidéo interactifs et les baladeurs, le tout devant constituer "un grand plan numérique".

 

Il ne fait pas de doute, derrière l'expression langue étrangère, il n'y a que la langue anglaise qui est visée.

 

Ici, au Québec nous avons une longue expérience de ce genre de discours qui a pour objectif de remplacer la formation en français par l'enseignement en anglais.
 
Les gens qui sortent de ces formations sont habituellement des culs-de-jatte linguistiques, ignorants de la terminologie française, ignares sur les règles de formation des mots français, incapables de chercher et proposer des équivalents qui respectent les règles de formation des mots français. Ils en viennent èa croire que ce qui est impossible pour leur petite tête est impossible pour la langue française dans sa totalité.
 
On les emprisonne alors dans une terminologie qui est étrangère à la langue française qu'ils répètent, robotisés, comme étant la seule façon de parler dans leur domaine de formation, comme s'il serait éternellement impossible d'utiliser la langue française dans leur domaine.  
C'est ainsi, qu'avec les nouvelles technologies, on remplace progressivement la langue française par la langue anglaise.
 
Si vous croyez au maintien de la langue française comme outil de communication, et surtout comme outil de création de la pensée, vous devez combattre de tels projets avec férocité.
 
Une langue qui ne peut servir comme outil de création de la pensée DANS TOUS LES DOMAINES DE L'ACTIVITÉ HUMAINE est destinée à se rétrécir comme peau de chagrin.
 

Autre petite saloperie politicienne : L'idée de tenir pareil discours devant des lycéens et des enseignants qui font la courbette devant un ministre de passage dans leur école, alors que les conséquences de l'implantation de pareille politique a des conséquences considérables sur l'avenir du français, non seulement en France, mais dans toute la Francophonie.
 
Certains dans la Francophonie peuvent bien se sentir abandonnés et trahis par la France.
 
Je dois ajouter, qu'ici au Québec, nous avons de nombreux souvenirs de trahison hautaine de certains Français.
 
Salutations fraternelles à tous les combattants qui ne trahissent pas.
 
François Gauthier
FFI Québec.

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Mercredi 4 novembre 2009

Ironie du calendrier, c'est au moment où tombent les dernières résistances à la ratification du traité le plus supranationaliste de l'histoire européenne, que le gouvernement français lance, à travers ses préfectures, un débat sur l'identité nationale... Quel avenir en effet pour une identité privée de sa souveraineté, c'est à dire de sa liberté ? La "nation européenne unique" suggérée en filigrane par les traités européens est-elle souhaitable ? Est-elle possible ? L'occasion en tous cas pour nous de relire nos fondamentaux, à commencer par Ernest Renan, "Qu'est-ce-qu'une nation" (1882). Il pronostiquait que "les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons." Mais "par leurs facultés diverses (...) les nations servent à l'œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions", et de nous recommander pour conclure : "laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé."

 

Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882, par Ernest RENAN 


Je me propose d'analyser avec vous une idée, claire en apparence, mais qui prête aux plus dangereux malentendus. Les formes de la société humaine sont des plus variées. Les grandes agglomérations d'hommes à la façon de la Chine, de l'Égypte, de la plus ancienne Babylonie ; - la tribu à la façon des Hébreux, des Arabes ; - la cité à la façon d'Athènes et de Sparte ; - les réunions de pays divers à la manière de l'Empire carlovingien ; - les communautés sans patrie, maintenues par le lien religieux, comme sont celles des israélites, des parsis ; - les nations comme la France, l'Angleterre et la plupart des modernes autonomies européennes ; - les confédérations à la façon de la Suisse, de l'Amérique ; - des parentés comme celles que la race, ou plutôt la langue, établit entre les différentes branches de Germains, les différentes branches de Slaves ; - voilà des modes de groupements qui tous existent, ou bien ont existé, et qu'on ne saurait confondre les uns avec les autres sans les plus sérieux inconvénients. À l'époque de la Révolution française, on croyait que les institutions de petites villes indépendantes, telles que Sparte et Rome, pouvaient s'appliquer à nos grandes nations de trente à quarante millions d'âmes. De nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l'on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants. Tâchons d'arriver à quelque précision en ces questions difficiles, où la moindre confusion sur le sens des mots, à l'origine du raisonnement, peut produire à la fin les plus funestes erreurs. Ce que nous allons faire est délicat ; c'est presque de la vivisection ; nous allons traiter les vivants comme d'ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l'impartialité la plus absolue.

- I - 

Depuis la fin de l'Empire romain, ou, mieux, depuis la dislocation de l'Empire de Charlemagne, l'Europe occidentale nous apparaît divisée en nations, dont quelques-unes, à certaines époques, ont cherché à exercer une hégémonie sur les autres, sans jamais y réussir d'une manière durable. Ce que n'ont pu Charles-Quint, Louis XIV, Napoléon Ier, personne probablement ne le pourra dans l'avenir. L'établissement d'un nouvel Empire romain ou d'un nouvel Empire de Charlemagne est devenu une impossibilité. La division de l'Europe est trop grande pour qu'une tentative de domination universelle ne provoque pas très vite une coalition qui fasse rentrer la nation ambitieuse dans ses bornes naturelles. Une sorte d'équilibre est établi pour longtemps. La France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie seront encore, dans des centaines d'années, et malgré les aventures qu'elles auront courues, des individualités historiques, les pièces essentielles d'un damier, dont les cases varient sans cesse d'importance et de grandeur, mais ne se confondent jamais tout à fait.
Les nations, entendues de cette manière, sont quelque chose d'assez nouveau dans l'histoire. L'antiquité ne les connut pas ; l'Égypte, la Chine, l'antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C'étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n'y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus qu'il n'y a de citoyens chinois. L'antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires ; elle n'eut guère la nation au sens où nous la comprenons. Athènes, Sparte, Sidon, Tyr sont de petits centres d'admirable patriotisme ; mais ce sont des cités avec un territoire relativement restreint. La Gaule, l'Espagne, l'Italie, avant leur absorption dans l'Empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties. L'Empire assyrien, l'Empire persan, l'Empire d'Alexandre ne furent pas non plus des patries. Il n'y eut jamais de patriotes assyriens ; l'Empire persan fut une vaste féodalité. Pas une nation ne rattache ses origines à la colossale aventure d'Alexandre, qui fut cependant si riche en conséquences pour l'histoire générale de la civilisation.

L'Empire romain fut bien plus près d'être une patrie. En retour de l'immense bienfait de la cessation des guerres, la domination romaine, d'abord si dure, fut bien vite aimée. Ce fut une grande association, synonyme d'ordre, de paix et de civilisation. Dans les derniers temps de l'Empire, il y eut, chez les âmes élevées, chez les évêques éclairés, chez les lettrés, un vrai sentiment de «la paix romaine», opposée au chaos menaçant de la barbarie. Mais un empire, douze fois grand comme la France actuelle, ne saurait former un État dans l'acception moderne. La scission de l'Orient et de l'Occident était inévitable. Les essais d'un empire gaulois, au IIIe siècle, ne réussirent pas. C'est l'invasion germanique qui introduisit dans le monde le principe qui, plus tard, a servi de base à l'existence des nationalités.

Que firent les peuples germaniques, en effet, depuis leurs grandes invasions du Ve siècle jusqu'aux dernières conquêtes normandes au Xe ? Ils changèrent peu le fond des races ; mais ils imposèrent des dynasties et une aristocratie militaire à des parties plus ou moins considérables de l'ancien Empire d'Occident, lesquelles prirent le nom de leurs envahisseurs. De là une France, une Burgondie, une Lombardie ; plus tard, une Normandie. La rapide prépondérance que prit l'empire franc refait un moment l'unité de l'Occident ; mais cet empire se brise irrémédiablement vers le milieu du IXe siècle ; le traité de Verdun trace des divisions immuables en principe, et dès lors la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne s'acheminent, par des voies souvent détournées et à travers mille aventures, à leur pleine existence nationale, telle que nous la voyons s'épanouir aujourd'hui.
Qu'est-ce qui caractérise, en effet, ces différents États ? C'est la fusion des populations qui les composent. Dans les pays que nous venons d'énumérer, rien d'analogue à ce que vous trouverez en Turquie, où le Turc, le Slave, le Grec, l'Arménien, l'Arabe, le Syrien, le Kurde sont aussi distincts aujourd'hui qu'au jour de la conquête. Deux circonstances essentielles contribuèrent à ce résultat. D'abord le fait que les peuples germaniques adoptèrent le christianisme dès qu'ils eurent des contacts un peu suivis avec les peuples grecs et latins. Quand le vainqueur et le vaincu sont de la même religion, ou plutôt, quand le vainqueur adopte la religion du vaincu, le système turc, la distinction absolue des hommes d'après la religion, ne peut plus se produire. La seconde circonstance fut, de la part des conquérants, l'oubli de leur propre langue. Les petits-fils de Clovis, d'Alaric, de Gondebaud, d'Alboïn, de Rollon, parlaient déjà roman. Ce fait était lui-même la conséquence d'une autre particularité importante ; c'est que les Francs, les Burgondes, les Goths, les Lombards, les Normands avaient très peu de femmes de leur race avec eux. Pendant plusieurs générations, les chefs ne se marient qu'avec des femmes germaines ; mais leurs concubines sont latines, les nourrices des enfants sont latines ; toute la tribu épouse des femmes latines ; ce qui fit que la lingua francica, la lingua gothica n'eurent, depuis l'établissement des Francs et des Goths en terres romaines, que de très courtes destinées. Il n'en fut pas ainsi en Angleterre ; car l'invasion anglo-saxonne avait sans doute des femmes avec elle ; la population bretonne s'enfuit, et, d'ailleurs, le latin n'était plus, ou même, ne fut jamais dominant dans la Bretagne. Si on eût généralement parlé gaulois dans la Gaule, au Ve siècle, Clovis et les siens n'eussent pas abandonné le germanique pour le gaulois.

De là ce résultat capital que, malgré l'extrême violence des mœurs des envahisseurs germains, le moule qu'ils imposèrent devint, avec les siècles, le moule même de la nation. France devint très légitimement le nom d'un pays où il n'était entré qu'une imperceptible minorité de Francs. Au Xe siècle, dans les premières chansons de geste, qui sont un miroir si parfait de l'esprit du temps, tous les habitants de la France sont des Français. L'idée d'une différence de races dans la population de la France, si évidente chez Grégoire de Tours, ne se présente à aucun degré chez les écrivains et les poètes français postérieurs à Hugues Capet. La différence du noble et du vilain est aussi accentuée que possible ; mais la différence de l'un à l'autre n'est en rien une différence ethnique ; c'est une différence de courage, d'habitudes et d'éducation transmise héréditairement ; l'idée que l'origine de tout cela soit une conquête ne vient à personne. Le faux système d'après lequel la noblesse dut son origine à un privilège conféré par le roi pour de grands services rendus à la nation, si bien que tout noble est un anobli, ce système est établi comme un dogme dès le XIIIe siècle. La même chose se passa à la suite de presque toutes les conquêtes normandes. Au bout d'une ou deux générations, les envahisseurs normands ne se distinguaient plus du reste de la population ; leur influence n'en avait pas moins été profonde ; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu'il n'avait pas auparavant.

L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L'investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l'origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été le plus bienfaisantes. L'unité se fait toujours brutalement ; la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d'une extermination et d'une terreur continuée pendant près d'un siècle. Le roi de France, qui est, si j'ose le dire, le type idéal d'un cristallisateur séculaire ; le roi de France, qui a fait la plus parfaite unité nationale qu'il y ait ; le roi de France, vu de trop près, a perdu son prestige ; la nation qu'il avait formée l'a maudit, et, aujourd'hui, il n'y a que les esprits cultivés qui sachent ce qu'il valait et ce qu'il a fait.

C'est par le contraste que ces grandes lois de l'histoire de l'Europe occidentale deviennent sensibles. Dans l'entreprise que le roi de France, en partie par sa tyrannie, en partie par sa justice, a si admirablement menée à terme, beaucoup de pays ont échoué. Sous la couronne de saint Étienne, les Magyars et les Slaves sont restés aussi distincts qu'ils l'étaient il y a huit cents ans. Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposés les uns aux autres. En Bohême, l'élément tchèque et l'élément allemand sont superposés comme l'huile et l'eau dans un verre. La politique turque de la séparation des nationalités d'après la religion a eu de bien plus graves conséquences : elle a causé la ruine de l'Orient. Prenez une ville comme Salonique ou Smyrne, vous y trouverez cinq ou six communautés dont chacune a ses souvenirs et qui n'ont entre elles presque rien en commun. Or l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s'il est burgonde, alain, taïfale, visigoth ; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy, les massacres du Midi au XIIIe siècle. Il n'y a pas en France dix familles qui puissent fournir la preuve d'une origine franque, et encore une telle preuve serait-elle essentiellement défectueuse, par suite de mille croisements inconnus qui peuvent déranger tous les systèmes des généalogistes.

La nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. Tantôt l'unité a été réalisée par une dynastie, comme c'est le cas pour la France ; tantôt elle l'a été par la volonté directe des provinces, comme c'est le cas pour la Hollande, la Suisse, la Belgique ; tantôt par un esprit général, tardivement vainqueur des caprices de la féodalité, comme c'est le cas pour l'Italie et l'Allemagne. Toujours une profonde raison d'être a présidé à ces formations. Les principes, en pareils cas, se font jour par les surprises les plus inattendues. Nous avons vu, de nos jours, l'Italie unifiée par ses défaites, et la Turquie démolie par ses victoires. Chaque défaite avançait les affaires de l'Italie ; chaque victoire perdait la Turquie ; car l'Italie est une nation, et la Turquie, hors de l'Asie Mineure, n'en est pas une. C'est la gloire de la France d'avoir, par la Révolution française, proclamé qu'une nation existe par elle-même. Nous ne devons pas trouver mauvais qu'on nous imite. Le principe des nations est le nôtre. Mais qu'est-ce donc qu'une nation ? Pourquoi la Hollande est-elle une nation, tandis que le Hanovre ou le grand-duché de Parme n'en sont pas une ? Comment la France persiste-t-elle à être une nation, quand le principe qui l'a créée a disparu ? Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane, par exemple, qui est si homogène, n'en est pas une ? Pourquoi l'Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? Voilà des points sur lesquels un esprit réfléchi tient à être fixé, pour se mettre d'accord avec lui-même. Les affaires du monde ne se règlent guère par ces sortes de raisonnements ; mais les hommes appliqués veulent porter en ces matières quelque raison et démêler les confusions où s'embrouillent les esprits superficiels.


- II -

À entendre certains théoriciens politiques, une nation est avant tout une dynastie, représentant une ancienne conquête, conquête acceptée d'abord, puis oubliée par la masse du peuple. Selon les politiques dont je parle, le groupement de provinces effectué par une dynastie, par ses guerres, par ses mariages, par ses traités, finit avec la dynastie qui l'a formé. Il est très vrai que la plupart des nations modernes ont été faites par une famille d'origine féodale, qui a contracté mariage avec le sol et qui a été en quelque sorte un noyau de centralisation. Les limites de la France en 1789 n'avaient rien de naturel ni de nécessaire. La large zone que la maison capétienne avait ajoutée à l'étroite lisière du traité de Verdun fut bien l'acquisition personnelle de cette maison. À l'époque où furent faites les annexions, on n'avait l'idée ni des limites naturelles, ni du droit des nations, ni de la volonté des provinces. La réunion de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Écosse fut de même un fait dynastique. L'Italie n'a tardé si longtemps à être une nation que parce que, parmi ses nombreuses maisons régnantes, aucune, avant notre siècle, ne se fit le centre de l'unité. Chose étrange, c'est à l'obscure île de Sardaigne, terre à peine italienne, qu'elle a pris un titre royal. La Hollande, qui s'est créée elle-même, par un acte d'héroïque résolution, a néanmoins contracté un mariage intime avec la maison d'Orange, et elle courrait de vrais dangers le jour où cette union serait compromise.

Une telle loi, cependant, est-elle absolue ? Non, sans doute. La Suisse et les États-Unis, qui se sont formés comme des conglomérats d'additions successives, n'ont aucune base dynastique. Je ne discuterai pas la question en ce qui concerne la France. Il faudrait avoir le secret de l'avenir. Disons seulement que cette grande royauté française avait été si hautement nationale, que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. Et puis le XVIIIe siècle avait changé toute chose. L'homme était revenu, après des siècles d'abaissement, à l'esprit antique, au respect de lui-même, à l'idée de ses droits. Les mots de patrie et de citoyen avaient repris leur sens. Ainsi a pu s'accomplir l'opération la plus hardie qui ait été pratiquée dans l'histoire, opération que l'on peut comparer à ce que serait, en physiologie, la tentative de faire vivre en son identité première un corps à qui l'on aurait enlevé le cerveau et le cœur.

Il faut donc admettre qu'une nation peut exister sans principe dynastique, et même que des nations qui ont été formées par des dynasties peuvent se séparer de cette dynastie sans pour cela cesser d'exister. Le vieux principe qui ne tient compte que du droit des princes ne saurait plus être maintenu ; outre le droit dynastique, il y a le droit national. Ce droit national, sur quel critérium le fonder ? à quel signe le connaître ? de quel fait tangible le faire dériver ?

I. - De la race, disent plusieurs avec assurance.
Les divisions artificielles, résultant de la féodalité, des mariages princiers, des congrès de diplomates, sont caduques. Ce qui reste ferme et fixe, c'est la race des populations. Voilà ce qui constitue un droit, une légitimité. La famille germanique, par exemple, selon la théorie que j'expose, a le droit de reprendre les membres épars du germanisme, même quand ces membres ne demandent pas à se rejoindre. Le droit du germanisme sur telle province est plus fort que le droit des habitants de cette province sur eux-mêmes. On crée ainsi une sorte de droit primordial analogue à celui des rois de droit divin ; au principe des nations on substitue celui de l'ethnographie. C'est là une très grande erreur, qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès.

Dans la tribu et la cité antiques, le fait de la race avait, nous le reconnaissons, une importance de premier ordre. La tribu et la cité antiques n'étaient qu'une extension de la famille. À Sparte, à Athènes, tous les citoyens étaient parents à des degrés plus ou moins rapprochés. Il en était de même chez les Beni-Israël ; il en est encore ainsi dans les tribus arabes. D'Athènes, de Sparte, de la tribu israélite, transportons-nous dans l'Empire romain. La situation est tout autre. Formée d'abord par la violence, puis maintenue par l'intérêt, cette grande agglomération de villes, de provinces absolument différentes, porte à l'idée de race le coup le plus grave. Le christianisme, avec son caractère universel et absolu, travaille plus efficacement encore dans le même sens. Il contracte avec l'Empire romain une alliance intime, et, par l'effet de ces deux incomparables agents d'unification, la raison ethnographique est écartée du gouvernement des choses humaines pour des siècles.

L'invasion des barbares fut, malgré les apparences, un pas de plus dans cette voie. Les découpures de royaumes barbares n'ont rien d'ethnographique ; elles sont réglées par la force ou le caprice des envahisseurs. La race des populations qu'ils subordonnaient était pour eux la chose la plus indifférente. Charlemagne refit à sa manière ce que Rome avait déjà fait : un empire unique composé des races les plus diverses ; les auteurs du traité de Verdun, en traçant imperturbablement leurs deux grandes lignes du nord au sud, n'eurent pas le moindre souci de la race des gens qui se trouvaient à droite ou à gauche. Les mouvements de frontière qui s'opérèrent dans la suite du Moyen Âge furent aussi en dehors de toute tendance ethnographique. Si la politique suivie de la maison capétienne est arrivée à grouper à peu près, sous le nom de France, les territoires de l'ancienne Gaule, ce n'est pas là un effet de la tendance qu'auraient eue ces pays à se rejoindre à leurs congénères. Le Dauphiné, la Bresse, la Provence, la Franche-Comté ne se souvenaient plus d'une origine commune. Toute conscience gauloise avait péri dès le IIe siècle de notre ère, et ce n'est que par une vue d'érudition que, de nos jours, on a retrouvé rétrospectivement l'individualité du caractère gaulois.

La considération ethnographique n'a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L'Allemagne est germanique, celtique et slave. L'Italie est le pays où l'ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler de bien d'autres éléments, s'y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir.

La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir d'Elbe, est slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus.
Les discussions sur les races sont interminables, parce que le mot race est pris par les historiens philologues et par les anthropologistes physiologistes dans deux sens tout à fait différents. Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu'en zoologie ; elle indique une descendance réelle, une parenté par le sang. Or l'étude des langues et de l'histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. Les mots des brachycéphales, de dolichocéphales n'ont pas de place en histoire ni en philologie. Dans le groupe humain qui créa les langues et la discipline aryennes, il y avait déjà des brachycéphales et des dolichocéphales. Il en faut dire autant du groupe primitif qui créa les langues et l'institution dites sémitiques. En d'autres termes, les origines zoologiques de l'humanité sont énormément antérieures aux origines de la culture, de la civilisation, du langage. Les groupes aryen primitif, sémitique primitif, touranien primitif n'avaient aucune unité physiologique. Ces groupements sont des faits historiques qui ont eu lieu à une certaine époque, mettons il y a quinze ou vingt mille ans, tandis que l'origine zoologique de l'humanité se perd dans des ténèbres incalculables. Ce qu'on appelle philologiquement et historiquement la race germanique est sûrement une famille bien distincte dans l'espèce humaine. Mais est-ce là une famille au sens anthropologique ? Non, assurément. L'apparition de l'individualité germanique dans l'histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus-Christ. Apparemment les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n'avaient pas leur individualité à part. Un Anglais est bien un type dans l'ensemble de l'humanité. Or le type de ce qu'on appelle très improprement la race anglo-saxonne n'est ni le Breton du temps de César, ni l'Anglo-Saxon de Hengist, ni le Danois de Knut, ni le Normand de Guillaume le Conquérant ; c'est la résultante de tout cela. Le Français n'est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers. Un habitant de Jersey ou de Guernesey ne diffère en rien, pour les origines, de la population normande de la côte voisine. Au XIe siècle, l'œil le plus pénétrant n'eût pas saisi des deux côtés du canal la plus légère différence. D'insignifiantes circonstances font que Philippe-Auguste ne prend pas ces îles avec le reste de la Normandie. Séparées les unes des autres depuis près de sept cents ans, les deux populations sont devenues non seulement étrangères les unes aux autres, mais tout à fait dissemblables. La race, comme nous l'entendons, nous autres, historiens, est donc quelque chose qui se fait et se défait. L'étude de la race est capitale pour le savant qui s'occupe de l'histoire de l'humanité. Elle n'a pas d'application en politique. La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d'Europe n'a tenu aucun compte de la race, et les premières nations de l'Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé.

Le fait de la race, capital à l'origine, va donc toujours perdant de son importance. L'histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n'y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n'a pas le droit d'aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : «Tu es notre sang ; tu nous appartiens !» En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. Tenez, cette politique ethnographique n'est pas sûre. Vous l'exploitez aujourd'hui contre les autres ; puis vous la voyez se tourner contre vous-mêmes. Est-il certain que les Allemands, qui ont élevé si haut le drapeau de l'ethnographie, ne verront pas les Slaves venir analyser, à leur tour, les noms des villages de la Saxe et de la Lusace, rechercher les traces des Wiltzes ou des Obotrites, et demander compte des massacres et des ventes en masse que les Othons firent de leurs aïeux ? Pour tous il est bon de savoir oublier.
J'aime beaucoup l'ethnographie ; c'est une science d'un rare intérêt ; mais, comme je la veux libre, je la veux sans application politique. En ethnographie, comme dans toutes les études, les systèmes changent ; c'est la condition du progrès. Les limites des États suivraient les fluctuations de la science. Le patriotisme dépendrait d'une dissertation plus ou moins paradoxale. On viendrait dire au patriote : «Vous vous trompiez ; vous versiez votre sang pour telle cause ; vous croyiez être celte ; non, vous êtes germain». Puis, dix ans après, on viendra vous dire que vous êtes slave. Pour ne pas fausser la science, dispensons-la de donner un avis dans ces problèmes, où sont engagés tant d'intérêts. Soyez sûrs que, si on la charge de fournir des éléments à la diplomatie, on la surprendra bien des fois en flagrant délit de complaisance. Elle a mieux à faire : demandons-lui tout simplement la vérité.

II. - Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue.

La langue invite à se réunir ; elle n'y force pas. Les États-Unis et l'Angleterre, l'Amérique espagnole et l'Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation. Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu'elle a été faite par l'assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude souvent obtenue par des vexations.

Un fait honorable pour la France, c'est qu'elle n'a jamais cherché à obtenir l'unité de la langue par des mesures de coercition. Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? Nous parlions tout à l'heure de l'inconvénient qu'il y aurait à faire dépendre la politique internationale de l'ethnographie. Il n'y en aurait pas moins à la faire dépendre de la philologie comparée. Laissons à ces intéressantes études l'entière liberté de leurs discussions ; ne les mêlons pas à ce qui en altérerait la sérénité. L'importance politique qu'on attache aux langues vient de ce qu'on les regarde comme des signes de race. Rien de plus faux. La Prusse, où l'on ne parle plus qu'allemand, parlait slave il y a quelques siècles ; le pays de Galles parle anglais ; la Gaule et l'Espagne parlent l'idiome primitif d'Albe la Longue ; l'Égypte parle arabe ; les exemples sont innombrables. Même aux origines, la similitude de langue n'entraînait pas la similitude de race. Prenons la tribu proto-aryenne ou proto-sémite ; il s'y trouvait des esclaves, qui parlaient la même langue que leurs maîtres ; or l'esclave était alors bien souvent d'une race différente de celle de son maître. Répétons-le : ces divisions de langues indo-européennes, sémitiques et autres, créées avec une si admirable sagacité par la philologie comparée, ne coïncident pas avec les divisions de l'anthropologie. Les langues sont des formations historiques, qui indiquent peu de choses sur le sang de ceux qui les parlent, et qui, en tout cas, ne sauraient enchaîner la liberté humaine quand il s'agit de déterminer la famille avec laquelle on s'unit pour la vie et pour la mort.

Cette considération exclusive de la langue a, comme l'attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l'exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale ; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu'on respire dans le vaste champ de l'humanité pour s'enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l'esprit ; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N'abandonnons pas ce principe fondamental, que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n'étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l'antiquité, le secret de l'éducation véritable de l'esprit humain, et ils s'y dévouaient corps et âme. Comme ils firent bien !

III. - La religion ne saurait non plus offrir une base suffisante à l'établissement d'une nationalité moderne.

À l'origine, la religion tenait à l'existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de famille. La religion d'Athènes, c'était le culte d'Athènes même, de ses fondateurs mythiques, de ses lois, de ses usages. Elle n'impliquait aucune théologie dogmatique. Cette religion était, dans toute la force du terme, une religion d'État. On n'était pas athénien si on refusait de la pratiquer. C'était au fond le culte de l'Acropole personnifiée. Jurer sur l'autel d'Aglaure, c'était prêter le serment de mourir pour la patrie. Cette religion était l'équivalent de ce qu'est chez nous l'acte de tirer au sort, ou le culte du drapeau. Refuser de participer à un tel culte était comme serait dans nos sociétés modernes refuser le service militaire. C'était déclarer qu'on n'était pas athénien. D'un autre côté, il est clair qu'un tel culte n'avait pas de sens pour celui qui n'était pas d'Athènes ; aussi n'exerçait-on aucun prosélytisme pour forcer des étrangers à l'accepter ; les esclaves d'Athènes ne le pratiquaient pas. Il en fut de même dans quelques petites républiques du Moyen Âge. On n'était pas bon vénitien si l'on ne jurait point par saint Marc ; on n'était pas bon amalfitain si l'on ne mettait pas saint André au-dessus de tous les autres saints du paradis. Dans ces petites sociétés, ce qui a été plus tard persécution, tyrannie, était légitime et tirait aussi peu à conséquence que le fait chez nous de souhaiter la fête au père de famille et de lui adresser des vœux au premier jour de l'an.

Ce qui était vrai à Sparte, à Athènes, ne l'était déjà plus dans les royaumes sortis de la conquête d'Alexandre, ne l'était surtout plus dans l'Empire romain. Les persécutions d'Antiochus Épiphane pour amener l'Orient au culte de Jupiter Olympien, celles de l'Empire romain pour maintenir une prétendue religion d'État furent une faute, un crime, une véritable absurdité. De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n'y a plus de masses croyant d'une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu'il peut, comme il veut. Il n'y a plus de religion d'État ; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle ; elle regarde la conscience de chacun. La division des nations en catholiques, protestantes, n'existe plus. La religion, qui, il y a cinquante-deux ans, était un élément si considérable dans la formation de la Belgique, garde toute son importance dans le for intérieur de chacun ; mais elle est sortie presque entièrement des raisons qui tracent les limites des peuples.

IV. - La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes.

Les intérêts, cependant, suffisent-ils à faire une nation ? Je ne le crois pas. La communauté des intérêts fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment ; elle est âme et corps à la fois ; un Zollverein n'est pas une patrie.

V. - La géographie, ce qu'on appelle les frontières naturelles, a certainement une part considérable dans la division des nations.

La géographie est un des facteurs essentiels de l'histoire. Les rivières ont conduit les races ; les montagnes les ont arrêtées. Les premières ont favorisé, les secondes ont limité les mouvements historiques. Peut-on dire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d'une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s'adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante a priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire ni plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. Et, d'abord, sont-ce les montagnes ou bien sont-ce les rivières qui forment ces prétendues frontières naturelles ? Il est incontestable que les montagnes séparent ; mais les fleuves réunissent plutôt. Et puis toutes les montagnes ne sauraient découper des États. Quelles sont celles qui séparent et celles qui ne séparent pas ? De Biarritz à Tornea, il n'y a pas une embouchure de fleuve qui ait plus qu'une autre un caractère bornal. Si l'histoire l'avait voulu, la Loire, la Seine, la Meuse, l'Elbe, l'Oder auraient, autant que le Rhin, ce caractère de frontière naturelle qui a fait commettre tant d'infractions au droit fondamental, qui est la volonté des hommes. On parle de raisons stratégiques. Rien n'est absolu ; il est clair que bien des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin. Non, ce n'est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l'homme fournit l'âme. L'homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu'on appelle un peuple. Rien de matériel n'y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l'histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.

Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l'affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires. Que faut-il donc en plus ? Par suite de ce qui a été dit antérieurement, je n'aurai pas désormais à retenir bien longtemps votre attention.



- III -

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.

Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : «Tu m'appartiens, je te prends». Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un en cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.

Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me direz-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes à la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé à l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. À l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.

Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenus chez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !

Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. «Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine». - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé.

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Mardi 3 novembre 2009

Eric Besson a lancé lundi le débat sur l'identité nationale avec l'ambition de valoriser les valeurs républicaines et "la fierté d'être Français". Doit-on voir dans ce débat une façon de détourner les Français de leurs préoccupations quotidiennes ? Une façon d'occuper le terrain lorsque l'on a rien à dire ou à proposer à l'approche des futures échéances électorales ? Une façon de tenter de reconquérir un certain électorat quelque peu désorienté par les "affaires" Mitterrand ou du "dauphin Jean ? Ou bien alors, doit-on y voir une façon déguisée de faire accepter à la majorité de nos concitoyens les changements radicaux, touchant au ciment de notre nation, que certains voudraient nous imposer et que l'on fait semblant de combattre pour ne pas avouer "nos" échecs consécutifs ?

Quoi qu'il en soit, les bonapartistes ne peuvent rester silencieux lorsqu'un tel débat est lancé et ils ne peuvent que réaffirmer leur attachement à une certaine idée de la France, idée que se construit autour de l'identité nationale.

L'Identité Nationale, nous voyons déjà se lever les bien pensants, certains "leaders d'opinion", contre ce "gros mot" qui n'aurait pour but que de réveiller le racisme dormant dans chaque Français envers l'immigré ou envers l'Autre mais comment être d'accord lorsque l'on sait que le racisme n'a pas de couleur, qu'il est le résultat d'une situation donnée à un moment donné. Comme nous l'avons souvent écrit, la juxtaposition, puis l'union dans le sein d'un même peuple, sont les bases indiscutables sur lesquelles s'est édifiée notre Patrie. Comment, dans ces conditions, notre pays commettrait-il l'erreur d'un exclusisme "raciste"? On ne voit pas d'après quelles normes on pourrait le codifier. Voudrait-on lui appliquer le discriminant négatif d'un xénophobisme à retardement, quelles qu'en soient les victimes ? Ce serait à la fois se révolter contre l'ordre des choses, contre le bon sens, contre la nature. Et, pour ne parler que de ceux de 14-18, nos morts protesteraient, du fond de leurs tombes héroïques, si des gouvernements ou des hommes atteints de folie osaient arracher à la communauté française ceux qui, lui ayant donné leur sang, se sont, du même coup, incorporés à sa substance. Le peuple français est une magnifique synthèse, disciplinée, cultivée, équilibrée. Il forme un tout, nulle recherche linguistique, nulle analyse d'hérédité ne peut prévaloir contre ce fait. Nulle considération de provenance géographique, d'appartenance religieuse ne saurait intervenir. La qualité, la dévotion française seules importent, à condition qu'elles soient sincères, éprouvée, confirmée.

Cette identité nationale, que nous défendons, se définie à partir d'un socle qui sont les valeurs communes à chaque Français et que l'on retrouve, outre dans notre histoire, dans notre devise "Liberté, Egalité, Fraternité". Ce socle doit pouvoir être connu, enseigné, accepté et respecté dès le plus jeune âge, c'est ce à quoi doit tendre l'Ecole de la République, en plus de son rôle d'instruction "classique". 

L'école mais aussi la Société et l'Etat doivent faire prendre conscience, particulièrement aux immigrés de la "dernière génération" mais aussi à certains Français de longue date, des valeurs dont notre pays est porteur, de ce que la France nous a donné, de ce que son nom représente à l'étranger et de ne plus se placer en perpétuelle victime. Il faut sortir de cette pensée que la France nous doit tout et, pour "plagier" un célèbre président américain, se demander ce que "je peux faire pour la France et non ce qu'elle peut faire pour moi".  Il faut aussi, comme le dit, justement, Anne-France Badoui (France Génération Plurielle), détruire les "cristallisations" patriotiques et/ou religieuses qui émanent de certaines minorités qui oublient bien trop souvent que c'est sur le sol de France qu'elles ont grandi.





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Mardi 3 novembre 2009


Avec « Mon dernier round », Bigeard signe son nouveau livre " coup de poing ".
Comme toujours, le Général porte un regard sans concession sur la France d'aujourd'hui. Sa seule passion : La France.

 

Si nous ne pouvons être d’accord avec le soutien qu’il apporte à Nicolas Sarkozy, nous ne pouvons qu’être en accord avec le général lorsqu’il nous décrit les dangers qui guettent notre pays mais aussi avec les solutions à apporter.  

 

Général, vous aurez toujours tout notre soutien et toute notre admiration et comment ne pas vous suivre lorsque vous dites :  

 

« La France est un grand pays et peut le redevenir. Je le souhaite de tout coeur. À 93 ans, j’y crois encore. L’amour de la France me fera vibrer jusqu’à mon dernier souffle. C’est pourquoi,je crie : «France, réveille-toi ! » C’est urgent. » link


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Mardi 3 novembre 2009

… Tous respirent enfin et espèrent … Dominique de Villepin se présente presque comme le sauveur … Certes le mythe du sauveur est vieux comme l’apparition de la conscience humaine mais  aujourd’hui le Messie ne peut vouloir prendre les traits d’un ancien Ministre … Fusse-t-il victime des pensées assassines d’un élu qui mesure avec un cordeau ses opposants …

 

Pour autant ne nous fourvoyons pas ! Maintenons le cap avec Debout la République et si nous devions suivre un sauveur, il serait alors de nos mœurs et sensibilités !

 

Un bonapartiste peut s’imaginer un dieu mais parce que nous sommes des militants ambitieux pour la France, parce que tous avons été conditionné selon certaines influences en une croyance particulière, le sauveur ne peut être touché selon la mode de ce temps. Il n’est pas donné dans tous les cas à Dominique de Villepin de relever le flambeau de la France glorieuse et cet homme devenu un presque présidentiable par sa propre faute ne peut apporter rien de bon pour nos valeurs car au sens stratégique qui est le sien il ne donnera pas de la politique une raison glorieuse pour le peuple de vivre

 

Et c’est justement parce que nous avons que nos concitoyens manquent de repères psychoaffectifs que nous devons éviter de les perdre par de possibles divisions …  Nos compatriotes on besoin d’avoir une raison d’être et dans le cas présent parce qu’ils ont besoin d’une bouée de sauvetage psychoaffective, parce que « déracinés », cherchant comme beaucoup à vivre d’un espoir de reconquête de leur « royaume perdu », ils croient voir en Dominique de Villepin un Machi’ah mais se faisant ils risquent de se fourvoyer

 

Malgré tout on serait tenté de le suivre dans cette démarche tant finalement il serait assez plaisant de surfer sur la vague « Clearstreem » … Mais en tant que Bonapartistes avons nous intérêt à cela ?

 

Je ne le pense pas et d’ailleurs j’estime que cet élan militant, très nouveau finalement, semble plutôt impulsif que sincère.

 

Je veux douter de la sincérité de Dominique de Villepin et à l’heure où une union du côté de Nicolas Dupont Aignan se fonde nous devons veiller à ne pas diviser nos forces !

 

Ce que nous devons bien comprendre c’est que Dominique de Villepin n’a d’intérêt que dans son opposition à un homme : Nicolas Sarkozy.

 

Il n’est porteur d’aucun autre projet et ses réformes ressembleront à celles de son « ennemi ». Dominique de Villepin n’est à suivre que selon des pensées de traverses mais nullement comme des volontés fondées sur une réelle volonté de servir aux seules destinées de la Nation !

 

Aussi n’imaginons pas un seul instant que son initiative va marquer le début d’un mouvement car aujourd’hui les citoyens ne veulent plus écouter ces ringards faussement nostalgiques de la grandeur de la France …

 

Nous devons bien prendre conscience que Dominique de Villepin initie l’absence de mouvement et que dans notre conscience de travailler pour la Nation il vaut mieux ne pas écouter cet homme. De celui-là même qui dans tous les cas n’apparaîtra pas aux yeux des Français comme d’une solution possible pour les aider à affronter les difficultés de leurs quotidiens.

 

La France a en mémoire sa politique déjà ancienne et tous savent qu’il ne peut réellement convenir au projet national.

 

Lorsqu’il était au pouvoir il a certes mis en œuvre un plan de lutte contre le chômage (contrat nouvelles embauches et contrat première embauche) mais nous ne devons jamais oublier que ces contrats n’étaient que des mesures ponctuelles, lesquelles n’ont jamais voulu amener à une modification en profondeur du fonctionnement du marché du travail. Lesquelles furent dénoncées ouvertement par le Peuple !

 

Dominique de Villepin est un libéral. Il n’a pas la même vue sociale que nous autres et jamais nous ne serons en mesure de nous entendre.

 

Prenons l’exemple des "plans sociaux" qui font la une de l’actualité …

 

Les libéraux estiment que le droit de licencier leurs personnels est une nécessité économique … Le chômage vu par les libéraux est considéré comme un rouage indispensable du processus de croissance et cela nous ne pouvons le tolérer.

 

Certes, Dominique de Villepin n’est pas à cataloguer de libéral de manière aussi rigoureuse mais n’oublions pas qu’il fait partie du système actuel et qu’il n’a pas pour vocation de s’éloigner des pratiques politiques de l’UMP. Il cherche très certainement à occuper la place laissée vacante par Philippe de Villiers …

 

Nous devons donc rester attentifs aux évolutions de son Club mais nous méfier des possibles dérapages ou compromissions d’avec les libéraux décomplexés car en France, nos concitoyens estiment que le système de la libre entreprise et de l’économie de marché n’est pas le meilleur projet pour l’avenir !

 

David JOURDES

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Jeudi 22 octobre 2009


France Bonapartiste continu à se développer. En effet, sous l’impulsion de  Philippe Valli, vient de se créer une structure étudiante à Paris.

 


Le but est de servir d’embryons aux Etudiants Bonapartistes sur l’ensemble du territoire national. Nous appelons donc tous les étudiants qui se retrouvent dans les idées et les principes bonapartistes à se regrouper et à créer dans leur université ou faculté un groupe d’étudiants bonapartistes.

 


Etudiant bonapartiste est-il quelque fait d’armes au dessus de votre engagement ? Non, votre mission est plus noble que la prédication d’une doctrine, plus haute que la défense d’une cause, plus sacrée que la glorification d’un drapeau, cette mission que vous faites votre, c’est le salut de la Patrie !

 


Pour toutes informations n'hésitez pas à nous contacter : contactbonapartiste@yahoo.fr





Les "étudiants bonapartistes / paris" viennent aussi de créer un groupe sur Facebook : www.facebook.com/group.php?gid=159892152178&v=app_2373072738&ref=mf#/group.php?gid=159892152178&v=wall&ref=mf


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Samedi 17 octobre 2009

Le gouvernement a décidé d’inscrire en tête d’agenda parlementaire la libéralisation des jeux d’argent, dont l’examen commencera dès demain à l’Assemblée Nationale.


Souvenez-vous : depuis plusieurs années l’exubérant Commissaire au marché intérieur, l’ultralibéral Charlie McCreevy, se faisait fort d’imposer à notre pays la dérégulation des jeux d’argent, notamment sur le net. Et depuis plusieurs années, le gouvernement français se faisait fort d’y résister, au nom de la lutte – des plus vertueuses - contre le blanchiment de l’argent du crime et l’addiction aux jeux. Beau joueur, le ministre du Budget avait fini par lâcher du lest, proposant une ouverture à la concurrence strictement encadrée et garante de l’ordre public.


Jusque là, en apparence tout au moins, tout semblait aller dans le meilleur des mondes. Mais… patatras ! La Cour européenne de justice de Luxembourg a subitement donné raison au Portugal, qui contestait la fin du monopole public sur ses jeux de hasard, anéantissant du même coup l’oukase imposé par M. McCreevy à notre pays.


Pour une fois (et cela mérite d’être noté), l’Union européenne n’imposait pas l’ouverture à la concurrence à tout crin et rendait licites, et même légitimes, tous les arguments qui étaient opposés à la libéralisation par nos gouvernants depuis tant d’années. En toute logique, ce projet néfaste aurait donc dû être retiré et la victoire arrachée à la Cour européenne, célébrée… Et bien non !


Non, au contraire, le gouvernement hâte maintenant l’adoption de cette réforme, ne la justifiant plus par la contrainte européenne mais par la nécessité d’encadrer les pratiques sur internet qu’il ne serait pas en mesure de contrecarrer. Quel étonnant revirement, quel étrange argument : car lorsque les autorités françaises s’opposaient à l’offre sauvage de jeux en ligne par des opérateurs étrangers, elles trouvaient toujours le moyen de les dissuader d’agir en toute illégalité, bref elles démontraient qu’elles pouvaient parfaitement se faire respecter lorsqu’elles en avaient la volonté.


Il faut donc conclure que le gouvernement français, malgré ses dénégations et ses cris d’orfraie poussés au nom de l’intérêt général, n’a jamais réellement eu l’intention de s’opposer à la libéralisation des jeux d’argent dans notre pays. Pourquoi ?


Le quotidien Le Monde suggère une réponse qui fait froid dans le dos : en réalité, il s’agirait tout simplement de laisser se développer le marché des jeux en ligne, un marché particulièrement juteux, pour permettre aux amis de l’Elysée d’en profiter allègrement. Oui, note le quotidien du soir, la plupart des invités du Fouquet’s au soir de la victoire présidentielle, se sont effectivement positionnés sur ce créneau et s’impatientent de l’adoption de la réforme pour pouvoir amasser de nouveaux ponts d’or. Ils s’impatientent tellement d’ailleurs, que plusieurs médias leur appartenant relaient déjà, en toute illégalité, des campagnes publicitaires pour faire la promotion des sites concernés.


Alors bien sûr, la Française des jeux et le PMU vont essuyer un manque à gagner gigantesque alors qu’une grande partie de leur bénéfice est reversée à l’Etat. Bien sûr, l’encadrement prévu par la réforme ne paraît pas si solide qu’il empêcherait efficacement les dérives liées à la fin du monopole (blanchiment, addiction en augmentation, conflits d’intérêts entre activités de paris et compétitions sportives,…). Mais qu’on se rassure, cette libéralisation à poche percée pour la collectivité ne le sera pas pour tout le monde, elle fera au passage quelques heureux qui, par ces temps de crise, en avaient semble-t-il bien besoin…


J’ai comme beaucoup d’autres été choqué par l’idée de M. Hirsch de créer une « cagnotte » pour renforcer l’assiduité des élèves en lycées professionnels, dénonçant une « école-casino ». Mais finalement, peut-être cette mesure n’est-elle que le « volet scolaire » de cette effrayante politique de l’argent-roi…

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Mardi 13 octobre 2009

Nous mettons en ligne ce message de la part de David Barbaud, professeur certifié d'histoire-géographie

 

***

 

Payer les élèves pour qu'ils

viennent en cours... NON !

 

Appel À tous

les professeurs


 

 Cher collègue,
Aimeriez-vous que vos élèves soient payés pour assister à vos cours ? Tandis que vous feriez des efforts pour les instruire, corriger leurs copies, préparer vos cours... chacune de vos classes recevrait, à la fin de l'année, jusqu'à 10 000 euros pour avoir bien voulu faire acte de présence.

 

C'est le système qui a été introduit dans trois lycées professionnels de l'académie de Créteil.

 

On ne demande aux élèves ni d'écouter, ni de travailler :

Juste faire acte de présence, et... JACKPOT !

 

En ce qui me concerne, les élèves qui, à 17 ans, n'ont toujours pas compris que l'école était une chance pour eux, je préfère qu'ils ne viennent pas dans ma classe.

Car ce sont bien souvent eux qui perturbent les cours et qui empêchent les autres de travailler.

Alors les voir toute l'année, au dernier rang, avec le regard narquois de celui qui gagne de l'argent à ne rien faire, simplement parce qu'il est là, je trouve qu'il y a là une absurdité révoltante.

 

En tant que simple citoyen,

je trouve que mes élèves ont déjà beaucoup de chance de bénéficier d'une éducation gratuite jusqu'à 16 ans ou plus, même s'ils dégradent le matériel et maltraitent leurs camarades ou leurs professeurs.

 

 

Je ne vois pas au nom de quoi il faudrait en plus leur offrir des cadeaux, des voyages pour les remercier de se présenter en classe.

 

D'autant que je ne suis pas sûr que, sur le plan éducatif, il soit bon de leur enseigner qu'il n'y a AUCUN LIEN entre le fait de gagner de l'argent, et celui de travailler.

 

 

 

 Dès le jour où la nouvelle est sortie, mes élèves de collège ont réagi diversement :

Les uns, étaient contents car ils espèrent, eux aussi, recevoir bientôt de l'argent pour venir en cours...

Les autres, la plupart, ne comprenaient pas qu'on veuille récompenser financièrement ceux qui sèchent habituellement.

 

Et il est vrai qu'il n'y a pas

si longtemps, aller à l'école était considéré comme une CHANCE !

 

C'est d'ailleurs toujours le cas dans la plupart des pays pauvres.

 

Faut-il rappeler qu'au Mali, 85 % des enfants ne peuvent pas aller à l'école ? En Inde, la moitié à peine des enfants ont accès à une scolarité. Et même dans un pays comme le Maroc, la plupart des enfants ne peuvent aller à l'école au-delà de 12 ans.

 

Inutile de préciser que, dans tous ces pays, les enfants sont immensément RECONNAISSANTS envers leurs professeurs.

 

Ils marchent des kilomètres pour se rendre à l'école. Assis par terre, à soixante par classe, ils profitent de chaque instant pour essayer de s'instruire ! Et leurs parents font des sacrifices financiers héroïques pour payer l'école, malgré leur pauvreté souvent extrême !

 

Et nous, il faudrait qu'on achète nos élèves pour qu'ils daignent se rendre au lycée ???

 

On ne peut pas instruire quelqu'un contre son gré. Ce qui est en jeu, c'est le goût d'apprendre, et jamais ça ne s'achètera.

 

S'il y a de l'argent, il faut le mettre ailleurs !

 

C'est aux établissements, aux professeurs, aux élèves qui travaillent, étudient, et construisent leur avenir qu'il faut le donner.

 

Car il ne faut pas oublier que ce sont ces élèves méritants qui, demain, paieront les allocations chômage, les RMI, et la CMU de leurs camarades qui, aujourd'hui, refusent d'étudier.

 

A la limite, ce genre de mesure s'attaque aux fondements mêmes de la solidarité dans notre pays. Car autant il est naturel de tendre la main à un frère qui a eu moins de chance que vous dans la vie...

... autant il est révoltant, et immoral, de prendre à celui qui a honnêtement travaillé pour donner à celui qui par paresse ou par bêtise, n'a pas voulu faire d'effort.

 

D'autant plus que les motivations de nos dirigeants sont loin d'être nettes : le gouvernement cherche ainsi à améliorer les statistiques de l'absentéisme, plutôt que de s'attaquer aux problèmes.

 

La faillite de nos lycées professionnels a une cause simple : le niveau désastreux de la plupart des élèves, qu'on a fait passer de classe en classe alors qu'ils n'avaient pas le niveau.

 

La seule issue aujourd'hui serait de tout reprendre à zéro avec eux, en leur apprenant une bonne fois pour toutes à lire, compter, calculer, s'exprimer et se tenir correctement.

 

Avec de bonnes méthodes, c'est possible. Et ils auraient ainsi le minimum vital pour s'en sortir dans l'existence.

 

Vouloir maquiller ce désastre en leur versant 10 000 euros par classe tout en ne changeant rien au système est révoltant.

C'est même une trahison envers les élèves.

 

Vous avez certainement vu que beaucoup d'organisations syndicales et autres ont dénoncé ce système dans la presse.

 

Mais cela n'a absolument pas ébranlé le gouvernement.

 

Je crois qu'il serait extrêmement dommage pour notre profession que nous ne nous exprimions pas.

 

Posément mais fermement, je crois qu'il est très important que les professeurs qui le pensent expriment leur désapprobation à nos dirigeants.

 

C'est pourquoi nous avons lancé une LETTRE OFFICIELLE DE PROTESTATION, avec plusieurs collègues et l'aide de l'association SOS Éducation, qui oeuvre à la défense de l'école.

 

Je vous demande simplement de signer vous aussi cet appel en cliquant ici. Puis, transmettez cet appel à tous les collègues dont vous avez l'adresse courriel, et que cela peut intéresser.

 

Vous avez ma parole que votre nom et votre adresse courriel ne seront JAMAIS transmis à qui que ce soit, quel qu'en soit le motif.

 

Je compte sur votre volonté de défendre la dignité de notre métier.

 

Avec mes remerciements pour votre geste de responsabilité, dans l'intérêt de tous les enfants à qui nous consacrons notre vie,

 

J'attends votre signature,

 

 

Pour signer la pétition, cliquez ici.

 

Vous pouvez également accéder à la pétition en vous connectant à :

http://soseducation.com/fichiers/lettre_chers_collegues.htm

 

 

 

 

 

                    David Barbaud

                    Professeur certifié d'histoire-géographie

                    Gisors, octobre 2009

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Lundi 12 octobre 2009

au moins il y a des pays qui n'ont pas honte de leur histoire !

Nous invitons tous les bonapartistes de Paris et d'Ile de France à se rendre à cet évènement !


                   Ambassade de la République de Croatie
                                 en France

          Commémoration du bicentenaire des Provinces Illyriennes
                     14 octobre 1809 – 14 octobre 2009
           Ravivage de la Flamme de l’Arc de Triomphe (18 h 30)



Monsieur Mirko GALIĆ, Ambassadeur de la République de Croatie en France, a l’honneur de vous inviter au ravivage de la flamme le 14 octobre 2009 à 18h30 à l’Arc de Triomphe en présence de Monsieur Tomislav IVIĆ, Ministre croate des Anciens combattants, et de nombreuses personnalités du monde politique, économique et culturel franco-croate.

Cette cérémonie se tient dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la création des Provinces Illyriennes par Napoléon Ier (1809-1813), qui recouvraient en grande partie l’actuel territoire de la Croatie.

La France et la Croatie rendent hommage aux nombreux soldats croates qui sont tombés pour la France durant la campagne de Russie de 1812. Des vétérans croates porteront symboliquement à cette occasion l’uniforme de
certains des régiments croates engagés dans la Grande Armée. Ils seront accompagnés de leurs camarades français venus témoigner de la fraternité d’armes d’autrefois. Il s'agit d'une première en Europe.

Nous espérons avoir le plaisir de vous accueillir à cette manifestation qui
sera suivie à 19h30 d’une réception à l’Ambassade de Croatie à Paris.

Sincères salutations,

Claude GRBEŠA
Coordinateur des festivités
du bicentenaire des Provinces Illyriennes
Tél. : 01 53 70 02 80
Portable: 00385 91 724 00 66
Courriel :
claude.grbesa@mvpei.hr

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